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Ghibli, Square Enix, Bandai : Le Japon dit "Stop" a OpenAI

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Le 27 octobre 2025, la Content Overseas Distribution Association (CODA), représentant une vingtaine d'acteurs majeurs du divertissement japonais dont Studio Ghibli, Square Enix et Bandai Namco, a adressé une requête formelle à OpenAI concernant l'exploitation non autorisée de leurs œuvres par le générateur vidéo Sora 2. Cette offensive marque un tournant décisif dans le débat sur l'utilisation des contenus protégés pour l'entraînement des modèles d'intelligence artificielle générative.

Une offensive coordonnée contre les pratiques prédatrices

Le conflit trouve son origine dans le lancement de Sora 2 le 30 septembre 2025. Cet outil d'OpenAI, capable de générer des vidéos de qualité cinématographique avec audio synchronisé à partir de simples descriptions textuelles, a immédiatement produit une avalanche de contenus imitant les styles et licences japonaises emblématiques. Des personnages de One Piece, Demon Slayer ou Pokémon aux univers visuels caractéristiques du Studio Ghibli, l'IA a démontré une capacité troublante à reproduire l'identité artistique de ces franchises.

« CODA a confirmé qu'une portion importante du contenu produit par Sora 2 ressemble étroitement aux contenus ou images japonais. »
« L'acte de reproduction au cours du processus d'apprentissage automatique peut constituer une violation du droit d'auteur. »

Cette mobilisation s'inscrit dans un contexte où l'industrie de l'animation japonaise a atteint en 2024 une valeur record de 25,25 milliards de dollars, dépassant pour la première fois le secteur automobile dans les exportations culturelles du pays. Face à cette puissance économique, le gouvernement nippon est intervenu officiellement, qualifiant l'anime et le manga de « trésors irremplaçables dont nous pouvons être fiers dans le monde entier », et a demandé formellement à OpenAI de cesser toute atteinte aux droits d'auteur.

L'opt-out, une logique juridique contestée

Au cœur du contentieux se trouve la politique « opt-out » d'OpenAI, qui permet aux ayants droit de demander après coup le retrait de leurs œuvres des ensembles de données utilisés. Cette approche, qualifiée par certains observateurs de stratégie « demander pardon plutôt que permission », inverse le fardeau de la preuve et va à l'encontre du système japonais fondé sur l'autorisation préalable. CODA rejette catégoriquement ce mécanisme : « Dans le droit japonais, une autorisation préalable est requise pour l'utilisation d'œuvres protégées. Il n'existe aucun mécanisme permettant d'éviter une infraction en formulant une objection après coup. »

Disney, Warner Bros et Universal ont rapidement activé l'option de retrait pour leurs licences américaines, tandis que les contenus japonais semblaient initialement traités différemment, soulevant des interrogations sur une possible discrimination dans les « safeguards » de Sora 2. Face à la pression croissante, Sam Altman, PDG d'OpenAI, a promis un passage à l'opt-in pour offrir « un contrôle plus granulaire sur la génération de personnages », changement jugé tardif et insuffisant par les créateurs japonais.

Un précédent récurrent et préoccupant

L'épisode actuel n'est pas sans précédent : en mars 2025, le lancement de GPT-4o avait suscité un engouement viral autour d'images « Ghibli-fiées ». Sam Altman himself adopta même une photo de profil transformée dans ce style sur X, entretenant la polémique sur une stratégie de communication fondée sur l'ambiguïté du droit d'auteur.

Hayao Miyazaki : « Je ressens fortement que c'est une insulte à la vie elle-même. »

Cette posture questionne d'autant plus que Hayao Miyazaki, cofondateur du studio, est l'un des rares créateurs à avoir exprimé frontalement sa répulsion contre l'automatisation créative.

Une bataille juridique mondiale en expansion

Le conflit japonais s'inscrit dans une lutte planétaire. Le New York Times a attaqué OpenAI pour utilisation non autorisée de millions d’articles, demandant la destruction des modèles GPT concernés. En Europe, l'AI Act impose désormais aux fournisseurs d'IA une transparence totale sur les jeux de données utilisés et privilégie l’autorisation explicite des ayants droit. D’autres mégaprocess, notamment contre Midjourney dans l’industrie de l’image, alimentent le débat international sur le « fair use » et la rémunération des créateurs.

Implications pour l'industrie audiovisuelle

Pour les producteurs, distributeurs et techniciens, cette guerre des droits n’est pas qu’une affaire de juristes. L’IA ouvre des perspectives inédites (restauration d’archives, production assistée), mais met en péril la rémunération des contenus originaux et la viabilité économique du secteur. Les studios japonais défendent un modèle dans lequel la cession de licences et le merchandising financent le renouvellement créatif. La dilution de la propriété, par les IA occidentales, met ce fragile équilibre en danger.

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